
Nous
n’étions pas demandés sur le lieu – est-ce si étonnant ?-
pour donner notre avis d’historiens avisés mais pour défiler sur
le continent version Cadouarn.2
Un
démarrage diesel nous fait faire escale matutinale (pour un
dimanche) dans un sympathique troquet Aux Joyeux Sinagots3
qu’on retrouvera sur les coups de midi pour un apéro bien envoyé !
Les
loges ne semblent pas nous avoir attendu-e-s, elles ont déjà filé
soit au large pour des aventures avec un autre groupe local de
fêlé-e-s, soit ridiculement petites (2 mètres sur 3) sont allées
se terrer sous un tumulus tout proche en espérant qu’on ne leur
veuille pas trop ! Foin de barnum étriqué, une maison nous
attend ! Un dressing ? Un bureau ? Que nenni, le Dé
du jour compte 13 ramequins et les Trodchef 7 ou 8 musiciens, la
place sera trop chère ! Nous optons alors pour « l’éloge
du jardin » et nous installons cahin-caha à même la pelouse !
Diantre, à l’ombre, le fond de l’air reste frisquet mais le ciel
est d’azur et rien n’arrête des ramequins en goguette car
le soleil va poindre ! Sœur Anne ne vois-tu rien venir ? Une
haie et une palissade nous cachent des d’abord rares passants venus
assister à une démonstration de taï chi chuan4
à même la route toute proche. Les rires et autres éclats vocaux
intempestifs sont priés d’être rangés dans leur étui buccal le
temps de quelques mouvements partagés, les tenues noires semblent
des uniformes d’arts martiaux droit venus de Shangaï voire
de Dekatlong ! Les respirations supposément abdominales
sont calmes,
les têtes même chenues sont droites, dans le prolongement du tronc,
comme maintenues vers le ciel bleu par un fil ténu mais invisible et
robuste. On peut deviner que la pointe des langues est collée contre
le palais de chacun-e afin – vous l’aurez compris de
vous-mêmes, perspicaces que vous êtes- de faciliter la circulation
de l'énergie intérieure (qi)
en soi5.
Quelques
instants plus tard, il faut avoir vu la sacrée armada de bigoudens
toutes plus originales les unes que les autres et déjà fort
connues du Dé mais pas des gens d’ici dévaler la rue principale
qui mène à la mer au rythme débridé d’une tortue en
hibernation : les gestes sont sûrs, les bras assomment
fictivement quelques oursins menaçants ou autres matelots
tripoteurs, les jambes déroulent leurs articulations souples et
apaisées sur le bitume même, dans un silence à peine écorché par
les commentaires admiratifs d’un Monsieur Loyal sauce hispanique (à
défaut d’être couleur locale). La fanfare lance alors son haro
sur la bigouden qui, ni une ni deux (mais 12 !) part avec ses
ramequin-e-s dans un an-dro endiablé. Les appareils photos
crépitent, enfin ne crépitent plus vu que les numériques n’ont
pas ou presque plus d’effets sonores et stockent en leurs
pachydermiques mémoires les preuves tangibles qu’à 11 heures ce
dimanche matin-là un vol de bigoudens déjantées a bien été
repéré sur la commune de Séné à 2 minutes à vol de coiffe de la
tour Ténéro !
Le
temps de quelques morceaux bien sentis par des Trodchef en verve
manifeste et en tenue superbe –ah, les shoes ! ah les
chaussettes ! ah matez-moi ça comme c’est joli !-, la
collection Laisse
de mer puis la
collection Rayures
du temps qui passe emportent avec bonhomie le joli petit public
massé sur le bord de la rue, vers des contrées où la jovialité
n’est pas en rade dans le Golfe mais bien là ! à portée de
lèvres et mirettes amusées.
Des
« Oh mais ça doit vous demander de sacrées heures de boulot,
ces chorégraphies » fusent, des « Ah mais c’est pas
vrai ! non mais regarde, c’est fait avec des… »
parsèment le chemin avec bienveillance. Il n’y a plus qu’à
ramasser (des heures de bulot, je vous dis !), parfois naît un
« Fais chier ! » d’un automobiliste coincé dans
son véhicule immatriculé 1245 BG 56 quand il réalise qu’il va,
comme sur le Gois à marée montante, devoir attendre que ces
mannequins de m… finissent leurs simagrées pour libérer l’accès,
la sagacité féline de Mary et Armelle tout en pneus et autres
cordages qui ont vécu, achève l’agressivité du zigue qui finit
par… sourire !
Plus
tard, la collection finale est un Best Of, les coups de cœur
disponibles pour les unes et les autres, histoire de finir de se
faire plaisir, le soleil là-haut n’en perd pas une miette, il a
juste envoyé un peu de vent pour que certains tissus s’agitent
voluptueusement sur les silhouettes, langoureusement les corps
exultent… Le soleil, lui, se pâme !
Le
mélange entre ciel et terre du Dé et des Trodchefs donne à voir, à
sourire, à rire. Une fois encore. La rencontre avec les spectateurs
est d’emblée douce et jouasse, ça sent encore un peu les
vacances, les épaules sont brunies, les sandales jouent les
prolongations. Il y a du sable entre les orteils, un peu de varech en
guirlande accroché à un short, du beurre salé dans une barbe,
vestige du casse-croûte de dix heures, un chapeau d’été aux
couleurs passées qu’on renouvellera pour la saison prochaine, une
petite nonchalance irrésistible comme pour empêcher l’automne de
rappliquer trop vite…
Tout
le monde remonte au café en dansant chantant défilant pour conclure
les festivités, un apéro attend histoire d’étancher sa soif, de
féliciter Sébastien pour son premier défilé en ramequin, de
croire encore à la chaleur d’Ubuntu…
Un
pique-nique sur la plage, tout concourt à être bien ! On va se
gêner, non mais ! Un quatuor quasi Déjoyeutiste (Vonjy, Joël,
Sébastien et Rit'z) a dormi en éclaireurs la nuit dernière dans la
dite Tour Ténéro mais le vent à la marée qui monte, se lève et
empêchera les autres d’aller de visu découvrir ou retrouver la
dite Tour.
On
se dit alors qu’on va demain vouloir vaquer à nos autres
occupations saines oui mais aussi rigolotes ?
Kloup
5
Non,
deux personnes faisant du tai chi de concert n’adjoignent pas leur
énergie en un qi-qi légendaire ! Non QiQi, ne fais pas pipi
sur le tapis il est en soie ! je m’égare je m’égare
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